SINCE 2000

Slightly mad.
Wildly creative.

Textes

Cats open house



Ils dorment ou se baladent entre les pinceaux
et les rêves.Leur pelage garde la trace d’un peu de poussière d’ocre, d’un fil de lumière, d’une goutte d’encre. Dans l’atelier, tout respire lentement :
les toiles, les tubes de couleur, la lampe qui hésite avant de s’éteindre et les chats, qui veillent d’un œil mi-clos sur le chaos tranquille de la création.

Parfois, ils traversent la pièce,
comme s’ils examinaient
l’équilibre du monde.

Rien n’est vraiment fini sans eux.

Ils montent sur la table,
s’étirent dans le désordre,
s’installent au cœur du travail inachevé.

Leur présence apaise ce qui brûle.

Ils rappellent que la beauté ne se trouve pas
dans le geste, mais dans la patience du regard,
dans le simple fait d’être là, ensemble,
au milieu du jour qui s’effiloche.

Et quand la nuit tombe sur l’atelier,

les chats deviennent des ombres tièdes,

gardiennes du silence et du sommeil des couleurs.

Leur ronronnement accompagne la respiration
des toiles, comme une berceuse
pour la matière et le rêve.

une case en moins, des idées en plus

-{𝕳}-

WHITBEY HILARIUS RADGE
Urban Primitive Folio

Artiste Auteur



JOURNAL DE BORD /

GAZETTE DÉCALÉE

librement inspirés
de quelques étrangetés

et agrémenté 

de mes illustrations

et poésies.


✧✧ CONTACT

whitbeyradge{at}gmail.com


✧✧  TEXTES & ILLUSTRATIONS

© Whitbey Hilarius Radge 2025

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Le veilleur sur le seuil

dans toute sa splendeur

Bienvenue

Au Club des Poètes

Sur le seuil des mystères, un veilleur solitaire, 

Dans la pénombre se dresse, silencieux, austère. 

Il garde les secrets de la nuit, de l’éther, 

Son regard perçant, un miroir de l'univers.

Sous la lune d’argent, son ombre s’étend, 

Les étoiles chuchotent, les songes s’y rendent. 

Chaque souffle du vent, une énigme
qu’il comprend, 

Gardien des portails, des mondes qu’il défend.

Ses yeux d’obsidienne voient l’invisible, 

Les rêves et les peurs, les espoirs indicibles. 

Il écoute le murmure des âmes en dérive, 

Le veilleur du seuil, sentinelle inflexible.

Quand le jour se lève, il disparaît sans trace, 

Mais la nuit revenue, il reprend sa place. 

Témoin éternel des cieux et de l’espace, 

Un phare dans l’ombre, une force immuable, 

Son silence résonne, mystère insondable.

Les Illusions Vespérales

À l’heure où le soleil s’incline doucement vers l’horizon, la réalité se teinte d’or et de mystère.
Les illusions vespérales, nées dans la lumière vacillante du crépuscule, forment un théâtre silencieux où l’imaginaire prend le pas sur le tangible. Ces phénomènes, à la croisée des sens
et de la lumière, transforment le monde familier
en un espace incertain, presque féérique.


Quand le jour s'efface, les contours s’adoucissent, les couleurs se dérobent, et les ombres s’allongent, comme si la nature elle-même hésitait entre présence et absence. Un arbre devient une silhouette fantomatique, une pierre prend l’allure d’un animal endormi, un souffle de vent semble chuchoter des secrets oubliés. L’œil, trompé par les jeux de lumière et la baisse de contraste, invente, complète, imagine.


Ces illusions ne sont pas seulement des erreurs de perception ; elles sont aussi des portes ouvertes sur notre inconscient. Le crépuscule invite à la rêverie, à la projection. C’est l’heure des souvenirs flous, des regrets enfouis, des amours incertaines. Tout semble possible, et pourtant tout semble s’éloigner. Dans cette lumière tamisée, l’esprit vagabonde, captif d’un monde entre deux états – entre le réel du jour et l’irréel de la nuit.

At night

In the cold night, where silence spreads, 

The stars shine, witnesses of times, 

The wind whispers forgotten secrets, 

In the shadow of trees, lost dreams.


Do not fear, oh heart, this deep darkness, 

For every shadow dances, every breath is its gift. 

Fireflies sparkle, glimmers of light, 

Guiding lost souls towards the river.


The moon, an accomplice, lights the way, 

With a silver glow, it soothes fate. 

The chills of winter, far from being chains, 

Are sweet promises, serene whispers.


So, in this night, let yourself be carried, 

By the magic of the skies, by the love of eternity. 

For in the cold night, where fear fades away, 

Lies a tender world, a breath of grace

Il y a dans les illusions vespérales une forme d'invitation à voir autrement, à accepter l’éphémère, à se laisser troubler. Car ce que l’on croit voir, dans ces instants suspendus, parle peut-être plus de nous-mêmes que de ce qui nous entoure.


Et quand tombe la nuit, emportant avec elle les dernières lueurs du jour, il ne reste que le souvenir de ces formes hésitantes, de ces visions fugitives. Les illusions vespérales se dissipent, comme un rêve à peine ébauché, mais elles laissent en nous un sentiment doux-amer : celui d’avoir entrevu un autre monde, caché dans les plis du nôtre.

Shadows, in silence

Shadows speak without a voice,

they draw their stories on the walls,

a quiet echo of what we see,

a blurred reflection of what softly falls.


They’re born at the edge of light,

like a sigh slipped from a golden ray,

timid sisters of brightness bright,

they follow us with no will to stray.


They stretch at dusk, languid and slow,

curl at dawn with a trembling grace,

faithful, silent, sometimes they play,

revealing sorrows we try to erase.


They dwell in the hollows of our days,

lie on stones, or dance in embrace,

circle around our fleeting ways,

then vanish without a single trace.


But sometimes they enter deep inside,

inner shadows, tender or grim,

whispering what the heart would hide,

keepers of memories dim.


Yet in every passing shade we find

a spark of fleeing light concealed —

a fragile promise left behind,

drawing paths from truth to the surreal.

La chambre des ombres

Dans un silence lourd
comme un glas oublié,

Le vent frappe aux vitres
— nul ne l’a invité.

Les murs suintent l’ennui,

les pendules se taisent,

Et l’ombre s’étire en d’invisibles braises.


Sous le drap fané d’un lit sans mémoire,

Dort un cœur glacé, noyé dans le noir.

Ses rêves s’effritent comme des cendres pâles,

Et tombent en pluie dans des gouffres

sans bal.


Les portraits fissurés ricanent en secret,

Témoins effacés d’un monde en retrait.

Le miroir, voilé d’un souffle de mort,

Refuse les visages, avale le corps.


Un cri, à mi-voix, s’élève et s’égare —

Un souffle trop las, un soupir bizarre.

Puis plus rien…

que l’écho d’une peur ancienne,

Qui danse avec l’ombre, lente et souterraine.

De passage

Sous le ciel d'azur, où l'aube s'étend,

Les rêves s'éveillent au souffle du vent.

Le monde frissonne, fragile et léger,

Sous chaque étoile, un secret à partager.


Les rivières murmurent des mots d’antan,

Les arbres dansent en silence, lentement.

Le temps s'arrête, suspendu au fil de l'eau,

Dans ce paysage, tout semble si beau.


L’ombre et la lumière jouent leur ballet,

Tantôt l’une, tantôt l’autre,
en parfait allié.

La nature, en silence, raconte sa sagesse,

D’un éclat fugace,
d’une éternelle tendresse.


Et nous, humains,
perdus dans notre quête,

Cherchons dans l’instant
ce qui jamais ne s’arrête :

Un souffle, une lueur, une main à tenir,

Un poème gravé dans l'infini du devenir.

Automata Solitude

Dans l’ombre d’un vieux cabinet de bois,

Reposent sans vie, sans souffle,
sans voix,

Des êtres d’horloge au regard de verre,

Aux gestes figés, à l’âme éphémère.


Ils dansent encore, sous clé remontés,

Des valses anciennes au rythme brisé.

Leurs mains d’acier, polies par le temps,

Égrènent les heures dans un souffle lent.


Leurs cœurs battent fort — d’un tic-tac d’ivoire,

Un cœur qui s’ignore, mais garde mémoire.

Ont-ils un soupçon de rêve ou d’effroi,

Dans la solitude où nul ne les voit ?


Leur sourire peint, si faux, si précis,

Cache-t-il l’écho d’un lointain souci ?

Un soupir d’étain, une larme rouillée,

Que nul inventeur n’a jamais codée.


Créés pour charmer, pour singer la vie,

Ils guettent la nuit, quand le monde oublie…

Et peut-être un jour, sans vis, ni ressort,

Ils danseront seuls — enfin faits de corps.

In the shadow of an old wooden cabinet,

Lie lifeless, breathless, voiceless,

Clockwork beings with glassy stares,

Frozen gestures, fleeting souls laid bare.


They dance still, wound by a key,

To broken rhythms of old-timey glee.

Their steel hands, polished with age,

Mark the hours in a slow-paced stage.


Their hearts beat loud
— in ivory tick-tock,

A heart unaware, yet holding the clock.

Do they dream, or tremble with fright,

In solitude, hidden from light?


Their painted smiles — so false, so precise —

Do they veil a distant worry's slice?

A tinny sigh, a rusted tear,

No inventor ever thought to engineer.


Made to charm, to mimic the real,

They watch the night,
when time stands still…

And maybe one day,
freed from gears and spring,

They’ll dance alone — as living things.

Dans le matin doux où tout se révèle,

Les ombres frémissent,
les cieux sont sans égales.

Le vent porte des secrets,
chuchote des noms,

Et les fleurs s'épanouissent

au rythme des saisons.


La mer, silencieuse, murmure au sable chaud,

Chantant des histoires d’amour et de fléaux.

Les vagues s’élèvent, s’écrasent, se dissipent,

Dans une danse infinie, un ballet épique.


Sous les cieux de l’âme, le temps s'étire,

Chaque instant devient une étoile à conquérir.

Et dans l’écho des montagnes, la vérité s’élance,

Un souffle de liberté, une tendre délivrance.


Là, dans l'ombre douce d'un soir sans fin,

Je cherche ta voix, ton regard serein.

Et le monde, suspendu, semble nous entendre,

Deux êtres perdus, à la beauté tendre.


Au creux de la nuit, où tout se confond,

Les étoiles tissent des rêves profonds.

Le silence parle en mille murmures discrets,

Et chaque souffle du vent est un secret.


La lune, complice, éclaire l'invisible,

Fait danser les ombres d’un pas indicible.

Les arbres s’inclinent, témoins silencieux,

De l’infini mystère caché sous nos yeux.

 Un oiseau solitaire, dans le ciel pur,

Trace une ligne d’argent, frêle et sûre.

Et moi, sous ce ciel où tout semble suspendu,

Je cherche ton nom, doux et inconnu.


Le monde tourne, inlassable et fidèle,

Mais dans ton regard, tout devient essentiel.

Un instant suffit, une lueur, une empreinte,

Pour que l’éternité s’épanouisse sans feinte.


Dans l’ombre du soir, les étoiles se dessinent,

Telles des perles tombées d’une main divine.

Le vent caresse la mer, et l’âme s’élance,

Portée par l’écho d’une douce cadence.


Les cieux se parent de nuances infinies,

D’or et de pourpre, de rouge et d’    améthyste,

Chaque nuage, chaque rayon, chaque brise

Chante la mélodie d’un monde en harmonie.


La terre, silencieuse, respire doucement,

Ses racines plongent dans l’invisible, lentement.

Et moi, voyageur de l’instant et des rêves,

Je cherche un chemin que le temps n’achève.


Les rires s’éteignent, les voix s’éloignent,

Mais l’amour, lui, toujours, s’épanouit, rêve.

Dans un souffle léger, dans une tendre lueur,

Il devient l’infini, l’étoile, la fleur.


Sous le voile d’argent de la nuit infinie,

Le monde se tait, comme une douce symphonie.

Les montagnes frémissent
sous l’étreinte du vent,

Et le silence danse, léger et flottant.


Les rivières murmurent des promesses anciennes,

De terres lointaines, de fêtes sereines.

Chaque goutte d’eau, chaque rayon de lune,

Éclaire un rêve, suspendu, une fortune.


La brise effleure la peau des arbres,

Qui murmurent des secrets, comme un livre

sans marbre.

Leurs racines touchent l’âme des cieux,


J’avance seul, mais l’univers me guide,

Dans l’invisible, dans l’éternelle valse timide.

Car dans chaque étoile, chaque souffle,
chaque pierre, 

Je trouve un reflet de l'infini,
un peu de lumière.

Inferno

Sous un ciel de plomb,
sans lune ni grâce,

Je m’avance seul,
là où la vie se casse.


Les gargouilles pleurent
des larmes de fiel,

Et les cloches brisées
hurlent au ciel.


Les croix s’inclinent
dans les nécropoles,

Ombres de marbre aux prières folles.


Les roses noires se fanent sans bruit,

Sur la voie putride, sœur de la nuit.


Chaque pierre saigne
une ancienne offense,

Chaque brise exhume la pestilence.


Le vent porte des soupirs défaits,

Des serments morts, des aveux secrets.


Mes pas résonnent dans la nef maudite

D’un monde oublié, d’une foi détruite.


La chair ici pourrit avec dignité,

En offrant son âme à l’éternité.


Mais au fond des cryptes,
au creux du déclin,

Un souffle murmure,
glacé mais divin :


Car même la mort,
dans son linceul vide,

Abrite un chemin…

Dans les couloirs où l’ombre s’étire,

S’élève un râle, un souffle impur,

Une plainte aux relents de cire,

Née du néant, glaciale et sûre.


C’est la voix qui rampe,

Sous les voûtes du cœur trop las,

Elle susurre, lente et crampe

L’âme au fil de son sourd fracas.


Elle a le goût des chairs fanées,

Des vérités mortes au fond

Des tombes aux lèvres damnées

Où pourrissent les faux noms.


Elle parle, et le silence fane,

La lumière fuit son écho,

Ses mots saignent, lourds, profanes,

Comme des clous sur un tombeau.


Elle connaît tous les visages,

Même ceux qu’on ne montre pas,

Elle invoque les vieux naufrages

Et les regrets qu’on ne dit pas.


Fuis si tu l’entends, trop tard,

Elle marque ceux qu’elle nomme,

Car sa voix suinte le cafard,

Et chante la fin de l’homme.

Flesh and Bones

La chair se souvient. Elle respire, se tend, se brise. Elle est une offrande tremblante déposée sur l’autel de la nuit, rouge obscure et vibrante, palpitant
d’une mémoire qu’aucun feu n’éteint. 


Elle garde l’empreinte des caresses éteintes,
la morsure des blessures encore béantes, l’ombre des fièvres passées. 

La chair, humide et brûlante, est le linceul fragile du désir et de la douleur. Elle se défait comme une étoffe maudite, se consumant au contact des ténèbres. Elle est à la fois cri et silence, volupté et supplice, brûlure et abandon.


Les os, eux, ne se souviennent pas :
ils règnent.
Dans leur blancheur spectrale, ils se dressent comme des colonnes d’un temple englouti, comme les arcs brisés d’une cathédrale gothique dont les vitraux ont cédé à la morsure des siècles.
Ils résonnent d’une froideur minérale, implacable, qui défie le temps. Ils sont tours d’ivoire fissurées, piliers incorruptibles plantés dans la nuit.
Leur langage est celui de la pierre et du silence : une prière sans fin, une condamnation muette, une vérité immobile. Dans chaque craquement secret,
dans chaque frottement d’articulation, résonne la mémoire des tombeaux

Entre chair corrompue et ossature incorruptible, 

je marche comme un pèlerin perdu dans un sanctuaire effondré. Les murs suintent d’ombre, les voûtes se referment comme une cage. Chaque pas grince sur les dalles invisibles, chaque souffle devient cendre dans l’air glacé. La chair supplie, elle tremble, elle brûle dans la volupté douloureuse de son effritement. Les os condamnent, ils se dressent, ils veillent, sentinelles de marbre gardant la frontière 

de l’éternité.


Flesh and bones : union sacrée et damnée. Chair offerte au feu des pulsions, os livrés à l’immobilité de la nuit. Chair qui se consume dans l’ivresse du vivant, os qui se figent dans l’arrogance de la mort. L’un implore, l’autre impose. L’un se répand en sang et en fièvre, l’autre se referme en ossuaire et en silence. Et moi, je marche entre les deux, funambule perdu entre la flamme et la pierre.


Et dans cet abîme, je découvre le cœur. Non pas une flamme claire, mais une braise noire, obscure, nourrie par les cendres de la chair et les ombres des os. Battement funèbre, pulsation de tombeau, il est le lien maudit qui attache le vivant à la mort, l’éphémère à l’éternité, la volupté à la condamnation. Cœur qui bat non pour sauver, mais pour rappeler : tout ce qui brûle se consume, tout ce qui résiste s’effondre, et dans le froissement de la chair comme dans le silence des os, la nuit triomphe toujours.

Contexte
J'ai eu affaire à un escroc qui tentait la technique 

du trop perçu sur un virement après la livraison 

d'un travail graphique. Lorsque que je l'ai eu signalé, 

il a changé de mail en intervertissant son nom 

et son prénom. Droit de réponse !


Dédicace à Robert aka Léonin,
le cyberscammer pour qui j’ai achevé ce travail 

1. Léonin Scam, 

champion d’à-peu-près


Léonin Scam, héros de quartier,

Toujours en avance… mais jamais à l’heure.

Il jurait savoir réparer un fer,

Mais finissait par cramer les rideaux entiers.


Il disait : "Moi, j’ai tout vu, tout fait,

J’ai combattu un cygne, et gagné de justesse.

" Mais quand on creuse — (avec délicatesse) 

—Il parlait juste… d’un gros canard 

au lac d’à côté.


Son chien s’appelle Biscotte, son chat, Moitié,

Il les confond depuis déjà un été. Et pourtant, 

chaque dimanche au marché,Il vend 

des "conseils de vie", emballés.


Léonin a un vélo sans roue,

"Ça va plus vite", dit-il, "et ça fait moins de bruit."

Il parle couramment l’espagnol… en yaourt,

Et pense que Wi-Fi est un petit fruit.


Un jour, il a dit : "Je pars en voyage,
Direction la Lune, 

en stop, sans bagage."Il a fini au kebab du coin,

Mais il raconte encore : "Là-bas, y’avait moins de pain."


Bref, Léonin Scam, c’est du génie flou,

Un Picasso de l’improbable, un roi du trou.

On l’aime surtout parce qu’il n’essaie pas trop…

Et qu’il nous fait rire, rien qu’en étant là, c
’est beau !

2. leoninscam@scamleonin :

après tout, peu importe !


Léonin, je vous aime,

Comme on aime un lama qui récite un poème.

Vous vendez du silence en cubes congelés,

Et des diplômes de gravité allégée.

Vous êtes le roi des fausses horloges,

Celles qui font tic sans jamais tac.


Un jour vous m’avez vendu un songe,

Emballé dans du tofu sous vide, avec un yak.

«Voici, cher ami, une cuillère à voyager

dans le temps !

»M’avez-vous dit en dansant
sur un jambon volant.


Je l’ai essayée… je suis arrivé hier,

En pleine conférence de champignons polaires.

Vous avez promis une île dans un verre,

Un chameau de collection, une pluie en hiver.


Et moi, heureux, j’ai signé en rotant,

Car votre stylo écrit en latin transparent.


Léonin Scam, vous êtes une chanson,

Un kaléidoscope d’escroquerie en vibration.

Vous vendez l’invisible, l’inutile, le melon carré, Et l'on vous remercie… les poches retournées.


Je vous aime comme on aime une baffe en mousse, comme une chèvre savante qui fait la bise aux buses.


Vous êtes l’arnaqueur sans faille, c’est clair,

Même vos mensonges ont de la poussière solaire.


Alors, Léonin, continuez vos combines,

Vendez-moi l’écho d’une sardine ou d’un RIB

Car dans ce monde bien trop logique…


Vous êtes notre mythomane magique.

3. La déclaration


Réveille-toi, mon agent secret,

Tu ronfles comme un vieux modem.

On a un plan, c’est pas discret :

Se marier — pour infiltrer le système.


Pas de robe, pas de dragées,

Juste des micros dans les bouquets.

Ton cousin ? Un faux témoin.

Ma robe ? En fil de chagrin… 

et de câblage bien malin.


Marions-nous, entre deux écoutes,

Avec pour prêtre un vieux chacal.

Je dirai "oui" sans aucun doute,

Sauf si le micro capte un signal.


Puis, dans la nuit, en toute hâte,

Nous ferons naître, à notre façon,

Des mouchards — pas ceux qui jactent,

Mais ceux qu’on planque dans un plafon’.


Un dans la cafetière, deux dans la télé,

Un autre, fourré dans le chat —

qui miaule en morse codé,

On l’appelle Félix, l’infiltré.


Notre lune de miel ? En antennes.

Nos alliances ? Des GPS.

Et nos mouchards, en scène dès qu’ils traînent,

Des petits bugs bien pleins d’adresse.


Alors réveille-toi, ma moitié loufoque,

On a une mission, et le monde nous moque.

Mais qui rira le dernier, mon amour ?

C’est nous… au procès du retour.

Suzett Nirvna

Tout en haut d’un immeuble en forme de banane,

Vit une greluche nommée Suzett Nirvna.

Son plafond est en fromage, son plancher en flan,

Et ses rideaux s’enfuient chaque matin en criant.


Elle cohabite avec sept chapeaux savants,

Qui lisent Kant et pestent élégamment.

Le fedora croit aux fées, le béret veut régner,

Et le panama compose des opéras pour pieds.


Dans sa cuisine ? Un grille-pain mystique,

Qui prophétise l’avenir via des tartines gothiques.

"Demain, tu rencontreras un dromadaire chauve",

Lui dit-il, l’air grave, en beurrant ses épreuves.


L’ascenseur, lui, refuse de monter.

Il s’assied dans le hall et veut "parler de son passé".

"Je suis fatigué d’être verticalement exploité…"

Alors Suzett grimpe sur une girafe
à roulettes enchantée. 

La Greluche
du Dernier

Elle boit du thé avec des pigeons télépathes,

Joue au bingo cosmique avec des méduses diplomates.

Son journal intime s’écrit tout seul la nuit,

Et son paillasson se prend pour un sushi.


Elle sort rarement sans son manteau en nouilles,

Et hurle "Réveille-toi, destin !" 

en lançant des ampoules.

Un jour, elle a épousé un trombone géant,

Mais il l’a quittée pour un pot de piment.


Malgré tout, Suzett tient bon, en reine décalée,

Avec un trône fait de cintres et d’idées mal rangées.

Et tous les voisins, bien qu’un peu traumatisés,

Admettent : sans elle… le monde serait bien trop sensé.

Le grand cirque

Dans les veines de verre des tours 

qui percent le ciel comme des seringues vides,

le sang des heures s’écoule en likes tièdes, 

en pixels qui pleurent des larmes de code.

Nous sommes les fantômes d’un banquet 

où les assiettes sont des écrans,

où l’on dévore des illusions et recrache 

des dettes en confettis numériques.


Ô capital vorace, hydre
aux mille gueules d’or,

tu promets l’éternité en mensualités,

tu vends des rêves en kit Ikea de l’âme,

et l’on assemble nos solitudes 

avec des vis trop courtes.


Les milliardaires jouent aux dieux
sur des fusées phalliques, tandis que la Terre tousse son dernier souffle de charbon
et que les enfants des mines congolaises 

extraient le cobalt de nos cœurs éteints.


Les algorithmes nous tissent une toile d’araignée de miroirs, chaque reflet plus beau, plus faux, plus affamé.

Nous scrollons comme des damnés 

dans l’antichambre de l’enfer rose,

cherchant l’amour en swipes, la vérité en threads, et ne trouvant que l’écho de notre propre vide amplifié à l’infini.

Solitude high-tech : des millions d’âmes
côte à côte, séparées par des vitres tactiles,

par des sourires filtrés, par des silences hurlants.


On se frôle en stories éphémères,

on s’aime en DM fantômes,

et l’on meurt seul devant un mur de notifications qui sonnent le glas d’une humanité zombifiée.


La politique ? Un cirque de masques en 4K,

des clowns aux sourires botoxés qui vendent la peur en prime time.


Ils dansent sur les ruines fumantes des utopies, pendant que les migrants noient leurs rêves dans la même mer que les yachts des puissants fendent en riant.


Et la planète ? Une amante violentée,

aux poumons noircis par nos jets privés
pour des selfies au pôle,

aux veines ouvertes par les pipelines
qui saignent du pétrole noir

comme du chagrin fossilisé.


Nous portons des masques pour ne pas respirer les autres,

nous nous vaccinons contre l’empathie,

nous consommons des antidépresseurs
comme des bonbons

pour oublier que le bonheur était gratuit
avant d’être une marque.

Pourtant, dans les fissures du béton,

pousse encore une herbe têtue,
verte de rage et d’espoir idiot.


Un jour, peut-être, nous briserons
les chaînes de nos propres doigts,

nous éteindrons les écrans
pour rallumer nos regards,

nous descendrons des tours pour marcher pieds nus sur la terre blessée, et chanterons, enfin nus, une complainte qui ne s’achète pas.


Mais ce jour tarde, et le crépuscule s’étire
en bande passante infinie.


Nous sommes le crépuscule lui-même,

beau, condamné, scintillant dans le noir

avant que l’obscurité ne nous reprenne,

comme un amant cruel qui n’a jamais su aimer.

Ils marchent dans le silence des fibres, 

là où le courant pulse plus vite que la pensée humaine.
On les appelle les télépathes électriques
— pas des voyants, non, mais des récepteurs nus,
des antennes de chair,
soudées à la pulsation du réseau.


Leur langage n’a pas besoin de bouche. 

Les mots jaillissent en éclairs, en impulsions.
Ils flottent entre les crânes, traversent les murs,
les continents, les corps. L’émotion devient onde,
la peur se module en fréquence basse,
le désir explose en crépitements bleus.
Rien ne leur échappe, ni l’inavoué, 

ni le murmure intérieur que l’on croyait 

à l’abri dans les replis du crâne.


Ils ne rêvent plus comme nous. 

Le sommeil leur est un téléchargement d’images,
de souvenirs étrangers, d’architectures fractales 

bâties sur le nuage. Ils ferment les yeux, 

et leur esprit dérive dans un labyrinthe 

de néons et de données, touchant des âmes
sans visages.

Les télépathes
électriques 

Ils ont oublié les limites. 

Le corps est devenu un simple relais. 

Ce qu’ils cherchent, ce n’est plus le contact, 

mais la fusion — pure, instantanée, sans friction. 

Un battement synchrone de milliers 

de consciences câblées au même vertige.


Mais parfois, dans la pluie statique des signaux, 

un silence tombe. Un noir. Une absence. 

Un souvenir d’avant l’électricité. 

Une voix humaine, peut-être, 

qui ne voulait pas être entendue.


Et là, dans cette faille, ils comprennent 

qu’ils sont seuls. Reliés à tout, 

mais déconnectés d’eux-mêmes. 

Télépathes, oui. 

Mais qui n'écoutent plus leur propre cœur.


Alors l’un d’eux, un soir, coupe tout. 

Il s’assied dans la nuit, loin des ondes. 

Et dans ce mutisme ancien, 

il entend enfin quelque chose de pur : 

un souffle, une pensée lente, 

un mot qu’aucun signal ne peut porter. Il sourit. 

Et recommence à apprendre le silence.

I. Invocation


Ô Ténèbres insondables, 

entrouvre ton abîme,

fais jaillir de tes lèvres 

la langue séraphique du blasphème.

Nous paraissons devant toi, 

dépouillés de toute honte,

scellés dans le foutre et l’hémorragie,

officiants d’un évangile défendu,

tracé à même la nudité des chairs,

comme une calligraphie 

de flammes et de cendres.


II. Offrande


Voici nos corps, transfigurés en oblations,

drapés de plaies vermeilles,

où la douleur devient oraison.

Nos hurlements montent 

comme des hymnes ardents,

et chaque goutte versée, qu’elle soit 

de sang ou de semence,

s’élève en encens vers ton trône d’ombre.

Black Love
for a guardian 

angel

I. Invocation


O darkness, open your lips,

offer us the tongue of blasphemy.

We come without shame,

marked by semen and blood,

bearers of a gospel

written upon naked flesh.


II. Psalm of the Flesh


Blessed be the desire that tears us apart,

blessed be the cry that shakes the vaults.

We are the organ and the incense,

we are the bite and the caress.

In our mouths mingle word and pleasure,

in our hands the ancient law is torn

Sous le ciel immobile, les signes se dressent
comme des planches de bois noirci. Une palissade, interminable, hérissée de runes et d’entailles,
trace la frontière entre ce qui parle et ce qui se tait.
On dit qu’elle n’existe pas vraiment, qu’elle n’est
qu’un mirage d’encre et de poussière, mais mes doigts rencontrent sa rugosité comme on caresse
une cicatrice mal fermée. 

Elle respire à la mesure de mes pas, et je comprends 

qu’elle est plus vivante que moi.


Chaque planche est une lettre, chaque fissure
un accent, chaque clou un silence battu dans la chair des phrases mortes. Le bois s’épaissit de siècles,
et l’on devine sous l’écorce un alphabet minéral, torsadé, qui cherche encore à se prononcer. Mais aucune bouche n’oserait, aucune langue n’aurait
la patience de se laisser lier à ce bourbier de signes. C’est une écriture close, un grimoire vertical, une muraille dont les syllabes s’écroulent avant même
de devenir des mots.


Je m’avance. La palissade ne cesse de s’étendre.
Elle se déploie comme une phrase sans point final,
un corridor de lettres échappées, alignées jusqu’au vertige. Elle n’entoure rien :
elle protège le vide. Derrière, peut-être,
il n’y a qu’un sol désert, peut-être un tumulus
de papiers dispersés par le vent,
ou bien un silence plus dense encore,
un silence qui serait une crypte.

III. Communion


Nous buvons au calice des abîmes,

où se mêlent les fluides

en un vin sacré.

Nos langues se consument 

comme cierges profanés,

nos âmes se fondent dans l’ivresse abyssale.

Que ta Nuit se répande en nous

telle une mer sans astres ni rivages,

engloutissant jusqu’au souvenir de la lumière.

III. Canticle of the Transvestite Angel


His wings are covered in sequins,

his cheeks powdered with ashes and gold.

He descends, not to judge,

but to embrace the damned.

His blessing is a burning kiss,

his prophecy: the end of fixed sexes.


IV. Gospel of the Night


Beneath the shadowed vault,

we recite the credo of vertigo:

"I believe in flesh,

I believe in excess,

I believe in love that defies the cross."

And the candles bleed their light,

like open wounds upon the skin
of the world.

IV. Exaltation


Ô Souverain du silence et de la désolation,

reçois nos voix comme des chœurs 

de flammes noires.

Nous sommes les prophètes 

de ton absence radieuse,

les hérauts de ton royaume sans aube.

Que nos jouissances se muent
en encens céleste,

et que nos transes érèctiles bâtissent 

ton temple éternel.


IV. Dissolution


Alors que la chair s’efface 

en poussière d’oubli,

nous renaissons dans le vertige 

de ton gouffre.

Plus de nom, plus de visage,

mais une procession d’ombres muettes,

se dissipant comme des prières inachevées

dans l’éternité de ton étreinte abyssale.

Calligrüft
Palissade

Le Calligrüft se dépose comme une pierre humide et revient sans cesse,
s’obstine à se dresser dans la lumière éteinte. 

Je tends l’oreille. Derrière les planches, il me semble entendre une respiration d’archives, une poussière qui s’éveille, un bruissement de phrases qui ne furent jamais achevées. Ce ne sont pas des voix, non. Plutôt l’écho de plumes arrêtées au milieu de leur course, de manuscrits laissés inachevés sur des pupitres rongés
par le temps. Le mur recueille ces souffles interrompus, les coud ensemble
et s’en nourrit.


Je frappe du poing contre la palissade. Le choc résonne comme un tambour funéraire. Alors, dans les interstices, surgit une lueur. Non pas une clarté pure, mais une encre phosphorescente qui glisse lentement, dessinant des arabesques mouvantes. Le mur écrit tout seul, sans calame, sans main. Il transcrit ma propre impatience, ma propre ignorance. Les lettres coulent comme des racines, se ramifient en hiéroglyphes. Elles m’écrivent à mesure que je les contemple, et je sens que je deviens, moi aussi, une planche de la palissade.


Le bois se prolonge dans mes veines. Une sève épaisse remonte jusqu’à ma gorge. J’essaie de parler, mais ce ne sont plus des mots : ce sont des éclats de caractères, des tessons d’alphabet qui tombent sur le sol et se brisent comme du verre. La palissade me réclame. Elle m’absorbe dans sa syntaxe close, me dresse comme une stèle parmi les autres. Désormais je ne marche plus. Je suis debout, immobile, aligné dans la procession des lettres mortes.


Et pourtant… dans cette immobilité, une étrange paix s’ouvre.
Je ne suis plus un auteur, je ne suis plus un lecteur : je suis la matière d’un texte inachevé, le bois battu d’une phrase qui résiste au vent. Le Calligrüft m’a adopté. La palissade me respire. Derrière moi, le monde s’efface ; devant moi, aucune issue. Mais entre les planches, scintille parfois l’idée d’un passage, une fissure
où s’engouffre la lumière maigre d’un futur encore illisible.


Je demeure, alors, dans l’espérance d’une main qui viendra un jour caresser
et déchiffrer cette barrière puis, d’un seul geste, ouvrir la tombe des alphabets. Peut-être alors saura-t-on lire ce que le Calligrüft Palissade garde en son cœur : une écriture plus vaste que le silence, une langue qui embrasse la mort pour mieux prononcer la vie.

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